Yànnis Antiòkhou: Μετάφραση στα Γαλλικά από τον κ. Michel Volkovitch


Υπάρχουν άνθρωποι σ’ αυτόν τον πλανήτη που η αγάπη τους για την ποίηση γεμίζει με ελπίδα τους ποιητές και το αναγνωστικό κοινό πέρα από τα όρια της γλώσσας τους, αφού με μοναδικό τους όπλο τη μετάφραση κάνουν κοινωνούς του ποιητικού έργου κάποιου ποιητή όλους αυτούς που μιλούν τη γλώσσα που εκείνοι μεταφράζουν.

Από τις σημαντικότερες προσωπικότητες στο χώρο της ποιητικής μετάφρασης στη γαλλική γλώσσα είναι ο κ. Michel Volkovitch που το έργο του βέβαια αριθμεί εκατοντάδες μεταφράσεις ποιητών και συγγραφέων από τα ελληνικά στα γαλλικά.

Είχα λοιπόν αυτή τη σπάνια τύχη να μεταφράσει μέρος του ποιητικού μου έργου  στην αρχή σε συνεργασία με το ΕΚΕΜΕΛ για τη διαδικτυακή ποιητική έκδοση του «ΑΠΗΛΙΩΤΗΣ» (www.apiliotis.gr) και στη συνέχεια ως ειδική αναφορά μεταξύ δώδεκα νέων ποιητών της γενιάς μου, οι οποίοι και παρουσιάζονται στις σελίδες του κ. Michel Volkovitch (http://www.volkovitch.com/) στο λήμμα 12 JEUNES POÈTES (12 Νέοι Ποιητές).

Έτσι από την μεταφραστική αυτή εργασία παραθέτω μια σύντομη παρουσίαση και μερικά ποιήματα μεταφρασμένα στα Γαλλικά, ενώ παράλληλα θέλω να τον ευχαριστήσω δημόσια για την ευκαιρία που μου έδωσε.

Yànnis Antiòkhou

Il traduit Plath, Hugues et Sexton, écoute Motörhead, Morrisson et Pattie Smith, vénère aussi certains poètes grecs, ses aînés, le grand Sakhtoùris en tête. Sa poésie, cocktail explosif — romantique, gothique, imprégnée de philosophie, de théologie, de théosophie —prend la forme d’une autobiographie moins racontée que délirée, dans un déferlement d’images parfois surréalisantes dont la couleur dominante est le noir. La nuit est là partout, insupportable, et le jour ne vaut guère mieux. L’amour n’a pas d’avenir. On tombe, on souffre, on meurt. La poésie est à la fois remède et poison. Mais en même temps tout ce noir scintille : la poésie d’Antiòkhou, qui par ailleurs ne manque pas d’humour, est portée par une intense énergie.

Il se présente à nous lui-même :

«Je suis né à Athènes le 9.9.1969, déjà béni de Dieu par la grâce de ce chiffre neuf dont je resterai marqué.

À 9 ans, déjà trop grand pour m’intéresser aux jeux de mon âge, j’ai décidé de me consacrer à la lecture de livres, lesquels étaient destinés à l’âge de 19 ans.

À 19 ans j’ai ressenti le désir d’être poète. J’ai écrit un poème de débutant que j’ai envoyé à la femme de mes rêves, et elle m’a dit, admirative : «Mon chéri, tu es un poète». Je l’ai crue et m’en suis fait un but.

À 29 ans j’étais déjà marié, j’avais mon premier enfant… Mes connaissances en médecine commençaient à m’étouffer, il me fallait à tout prix publier mes premiers poèmes. Rassemblant tous ceux que j’ai pu trouver dans mes petits cahiers, j’en ai fait un recueil qu’a publié la revue littéraireDelear. C’est ce qui m’a donné l’impulsion. J’ai compris que ma voie était là.

En 2003 paraissait mon premier livre, Seconde peau de nuit adolescente, suivi en 2005 du second, Dans sa langue à lui, tous deux aux éditions Gavriilìdis. Je n’avais pas à me plaindre, l’accueil critique et public a été chaleureux.

En 2007, mon troisième livre, Curriculum vitae, aux éditions Melàni, poussant jusqu’aux limites de mon langage, et précisant mon profil poétique, me permettait, à 39 ans, en 2009, de publier chez ‘Ikaros mon quatrième livre, Inspirations.

À 39 ans, ayant réalisé mon rêve d’enfant, j’ai pu m’intituler poète, heureux de ce que l’écriture et l’écrivain aient point de départ et parcours communs.

Ma réussite est due, je pense, à un talent moyen et une bonne étoile, condition essentielle pour être marqué et distingué des autres.»

Le présent choix, qui exclut les deux premiers recueils, est celui du poète.

LUI

Et j’ai appris : Que nous dormions

Ou que nous étions morts depuis longtemps

Et Lui ne s’arrêtait nulle part

Pas rasé puant

Et s’efforçant de s’infiltrer

Sous nos paupières bien closes.

Tracé par les dessins de la nicotine

Il se reposait un peu sur le plafond

Ou tendait les bras

Ou alors d’un geste nous menaçait

Sombre et sévère

Entre nous s’immisçaient les médecins

Leurs blouses blanches et leurs

Cravates brûlées

Les uns tenant des seringues à benzodiazépines

D’autres tendant des câbles élastiques

Tel un enfant sa fronde

D’autres tenant des plateaux de cuivre

Qui rappelaient les cymbales de la fanfare municipale

Et d’autres portaient à quatre sur leurs épaules

Les cercueils de nos amis perdus

Et tu as dit : «Ferme bien tes yeux

Et ne les rouvre jamais jamais jamais»

Tu as dit «C’est pour ton bien

Car Lui ne s’arrête nulle part»

…Et il se mit à pleuvoir des couleurs

D’abord le bleu, puis le rouge

Et enfin le jaune qui nous faisait mal

À tous les deux

Je me suis dit que le jour venait

Que le soleil s’était levé

Que nous allions nous réveiller

Car je t’avais dit : «Il y a toujours un corps

Qui sort du lit pieds nus le matin

Laissant sa marque sur le sang inondant

Un si grand amour.

Car c’est ainsi seulement que les hommes se souviennent

C’est pour un si grand amour qu’ils pardonnent»

Et j’ai voulu me lever

Je ne supportais plus tant de nuit

Et ce jaune qu’il fût

ou non le soleil

Traversait du moins l’obscurité

Et tu as dit : «Si tu me laisses, mon amour, je mourrai.

Reste qu’on meure ensemble.

Chhh… C’est Lui

Il ne s’arrête nulle part.

Et j’ai dit : «Je n’ai pas le courage»

Et tu es morte

Mais Lui

— comme tu avais raison —

ne s’arrête nulle part

Maintenant je le redis

Mais autrement :

«Asséchons le vers

Qui débordant de sang nous a noyés

Irriguant les vaisseaux sanguins

Du rouge d’un regard

Dans les sacs de nos yeux

Ta mort n’était pas jaune

mais rouge».

CHAMBRE À COUCHER POUR GENS DEBOUT


Je deviendrai je le sais un cou pour attendre

Tes deux dents

M’allongeant sur cette couleur noire

Que tu dilues dans ton propre noir

Pour en faire de la nuit

Cette nuit-là justement

Nous étions sans témoins

Je n’ai pas fermé l’œil

Je me suis habitué t’ai-je dit

À migrer puis revenir

Là où tes dents

Défont l’obscurité sur son bord

Découvrant une autre obscurité

Maintenant je le sais c’est impossible

Impossible

Car ce n’est pas de l’amour

Et de l’amour je n’attends plus rien

C’est comme si on te soulevait

Et tu t’effondres

Comme si on t’éloignait

Et tu te laisses attirer

Comme si on te souriait

Et tu penses à la mort

Ou bien à ce visage sous sa barbe dure

Qui criait à l’aide en sombrant

Dans son désespoir à lui.

Nous ne discutons plus intensément !

Il n’y a même plus d’intensité

Tu n’as pas besoin d’essayer de me convaincre

Toujours

Dans une chambre à coucher pour gens debout

Je deviendrai un cou afin

Que tu me dévores.

TRENTE-SIX


Cela fait trente-six ans

Qu’arrachant les pages de ma vérité

Buvant le sang de mon corps

Épuisant mes mots

Tu m’accables

Toutes ces années

j’ai appris à m’enfermer

dans le grand miroir de la salle à manger

Hurlant dans une autre dimension

Spectrale

Examinant mes larges orteils

Et mon ventre qui s’enflait tandis

Que me piquaient

Voluptueusement les abeilles de ta nuit

J’ai appris encore à souffrir

À coasser comme le crapaud

Couiner comme un rongeur

Bondissant dans des forêts mentales aux grands arbres américains

— Nous n’avons pas de séquoias à Athènes

Nous n’avons pas ces larges creux

où cacher les ruines de notre enfance

où secouer nos ailes mouillées

où laisser le sang couler de nos lèvres

comme lorsqu’on mord les oreillers frais lavés du sommeil

et que cesse le frisson d’un cauchemar

ou d’un orgasme qui fait mal —

Serre-moi fort œil tranchant de la nuit

Je dormirai dans ta langue fendue

Je te humerai

Je t’aurai

Je te toucherai

Dans la caverne de ta bouche

Couché dans les alvéoles de tes dents

Je pourrirai.

LA MALADIE DU POÈTE


Permettez-moi de louer une Madone

Qui blessa mortellement de sa poitrine en rut

En plein front l’enfant divin de l’humanité

Laissant couler de ses seins

Galaxies comètes lumineuses

Étoiles

Permettez-moi de danser jusqu’à l’aube

Dans les supermarchés aux allées vides

Choisissant des conserves humaines riches en E

Arrosant mes flancs

De l’huile sainte de la viande humaine

Et de tristesse

Permettez-moi d’être une bête

Gardant les grilles de votre sommeil

De vous attaquer de vous étouffer

Germant dans votre cerveau à minuit

Faisant naître les œufs de mes serpents

Dans les replis de vos cœurs

Permettez-moi de porter un masque de sommeil en soie

Pour ne pas voir vos cheveux en fil de fer

Vos canines d’acier qui me blessent

Pour m’épargner votre agenouillement

Votre baiser penché sur la bosse de mon sexe

Les bulles oxygénées du sperme qui vous désaltère

Permettez-moi d’excommunier les poètes voluptueux

Qui n’ont pas chevauché le dos du fauve humain

Qui n’ont pas galopé dans le cimetière du corps

Soulevant le duvet du drap

Effaçant de leur langue les preuves de l’habitation

Paralysant toute une vie par un orgasme cérébral

Permettez-moi de graver sur vos têtes rasées

La lettre morte de ce poème

Avec les talons aiguille tordus d’un travesti d’Almodovar

De les enfoncer avec rage et jouissance

Déchirant la membrane solaire plongeant la terre

Dans la nuit la plus noire de l’inexprimé

Permettez qu’avec le revolver du destin je tire

Sur une lune pareille à une chambre froide

Avec les deux vallées obscures des trous des yeux

Mouillées des larmes de ma beauté violée

Deux syllabes sous l’accent

Quasi fermées comme l’image de mon miroir.

από το βιβλίο: (Curriculum vitae), εκδόσεις Μελάνι, 2007


IX


La saison difficile arrivant

Ils tirèrent violemment leurs poumons

Frappèrent leurs corps avec des tôles

Époussetant chaque pouce de peau non sans vives douleurs

Et nus comme de coutume

Enveloppés dans le bonheur d’une étreinte

Qui pardonnait éternellement

Ils amassèrent un tas de nuages

Aux bords du cœur

Ombrant leurs yeux sans voir

Les rongeurs envahissant la chambre

On eût dit que la mort qui attendait enfermée

S’était dissoute en d’innombrables rats

Ou que chacun des grains de poussière par eux respirés

Puis dilatés dans les alvéoles

Et rejetés par les fenêtres ouvertes

Était un rat gris né du brouillard

En équilibre sur les fils électriques

Mordant les étoiles de fête

Décrochant les lampions de Noël

Décochant des débris sur le bitume glacé

De temps en temps

Par delà les dents des rats

Frémissait un profond soupir

Et le nœud qui leur serrait la gorge

Serré par les doigts de l’habitude et du désir

Montait comme un malaise aux narines

Ils voulaient boire une goutte

Ne pas souffrir

Avalant leur salive amère

Autrement dit

Le bol alimentaire empoisonné de la vie

Une bouchée — trente ans et plus

Ils n’avaient plus assez de courage

Pour s’évader

En se jetant par la fenêtre dans le vide

À cheval sur une bourrasque

Glissant sur la tige d’un coquelicot géant

Les doigts ensanglantés par son duvet rugueux

Suivant un débris d’étoiles

Pieds nus — sanglants de nouveau —

Jusqu’à l’étreinte du Grand Rongeur

Et l’esprit agitait les endorphines

Pour qu’ils ne pleurent

Et ne rient

Que par leurs yeux vides

Existant seulement ainsi.

X


Ils avaient coutume jusqu’alors de se soumettre au temps

comptant d’abord

puis vieillissant

jusqu’au jour où deux fois plus grande leur image

prit de l’âge face au miroir oxydé

blanchissant les bords des sourcils

exagérant les failles autour des lèvres

où l’existence avait taillé soigneusement

le temps de la lubricité

PAUSE

Le soir ils avaient coutume

— l’un d’eux toujours avait coutume —

de se coucher dans un cercueil bleu

d’ébène sculpté

large comme un lit à trois places

et d’y dormir sur le dos

poussant de ses orteils

le repose-pieds de bois lourd

plaqué capitonné

plantant ses doigts

dans les coutures de la soie bleue

et ainsi,

un peu comme s’il poussait, creusant

il tirait au dehors

autrement

faisait renaître — pensait-il —

les rêves que faisait l’autre

PAUSE

L’autre avait coutume

étant plus âgé

de se pencher dans le cercueil

et de tomber sur lui

d’expirer tel un mort

en l’embrassant

pour honorer

pour confesser la foi particulière

qui le liait à lui

PAUSE

Tous deux avaient coutume

ou étaient accoutumés

peu importe —

dans leur cauchemar

de s’entraîner morts

à labourer la nuit,

la nuit s’élevant profondément

et allumant deux lunes :

pudeur d’un côté

insolence de l’autre.

Jusqu’au jour

un an plus tôt,

où une histoire à lui fut écrite

tel un souffle asthmatique du monde

un peu comme une prophétie

que l’un appela : accord

mais dont l’autre

fut convaincu de surtitrer les strophes

appelant leurs pauses : inspirations

PAUSE

Et fut gravée…

PAUSE

Fut gravée…

une ligne de vie

une ligne d’âme

sur les mains blessées de celui

qui déracinait les rêves

ensanglantant le sommeil de l’autre

peignant en rouge comme si c’étaient des cœurs

des dragons du rêve aux ailes multicolores

et d’autres exotiques

oiseaux des eaux

ou peignant en noir comme

s’ils étaient morts

les poèmes avortés

et d’autres

bien d’autres

sentiments

humains

PAUSE

Et fut gravé…

PAUSE

Et fut gravé…

le célèbre monstre

sans chiffres ni lettres

rien que la trace d’une pointe

et des ecchymoses aux bouts

là où s’étaient profondément plantées

des aiguilles de héros

Avec du sang issu

de leur sang et de leurs exploits

dans leur cerveau des assemblages surnagèrent

Sans découvrir un sens

ils se virent en héros

ils se croyaient capables

de recopier même Dieu

Comme ils traînaient

des tas des tas

des tas de choses

plus nombreux étaient les malheurs

et les laideurs du monde

et tout ce que les enfants

et les innocents détestent

PAUSE

Et des toiles d’araignées construisent

une vie abandonnée

une maison hantée

…comme leur âge

…un âge moyen

— position durable —

qui étudiait les rameaux de leurs extrémités

palpitant se gonflant

au-dessus des radiateurs de leur appartement

autrement ce qu’il restait à trouer

— de main de maître —

qui était l’égorgement du cou

et semblait un sacrifice

tous deux sacrifiés

tous deux sacrificateurs

LONGUE PAUSE

INSPIRATION

(Snif… snif… snif…)

XI


Et l’un dit : Éloignons-nous

Dressons une muraille

Pour ne plus nous voir

Et l’autre : Divorçons

Déchirons les papiers

Brûlons notre maison

Et ils choisirent une allumette

Un arbre-cœur immense aux feuilles rouges

Le déracinèrent

Le traînèrent sur le vaste bitume

L’arbre-cœur au début lança des étincelles

Des traînées lumineuses

Engendrant des étoiles

mais il trempa dans un lac aux eaux stagnantes

Et jamais

Jamais il ne reprit feu

Et ce fut la nuit

Et ils dirent : Maintenant que faire ?

— Viens jetons-nous dans le volcan

— Mais il n’y a pas de volcan ici

— Viens volons vers le soleil et brûlons

— Mais le soleil est éteint

— Viens dans mes bras restons ainsi toujours…

L’un tend les bras et dit : Je t’aime…

L’autre tend les bras et dit : Je t’aime…

— Viens ouvrons nos ailes

— Nous resterons toujours en l’air !

— Viens faisons des enfants

— Ça nous ne pourrons jamais !

— Viens que je te caresse

— Nous prendrons feu !

— Viens que je t’embrasse

— Nous serons noyés par les eaux !

L’un serre ses mains et dit : Je t’aime…

L’autre serre ses mains et dit : Je t’aime…

Et ce fut le jour

(Snif… Snif… Snif…)

από το βιβλίο: «Εισπνοές» (Inspirations), εκδόσεις Ίκαρος, 2009

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